Se rendre au contenu

Le sigle DAC : Dispositifs d'Appui à la Coordination

17 février 2026 par
sageora

Derrière le sigle DAC : 5 clés pour comprendre le nouveau visage de la coordination des soins en France

Introduction

Qui n’a jamais eu le sentiment d’être perdu, pour soi-même ou pour un proche, face à la complexité d’un parcours de santé ou social ? Multiplicité des interlocuteurs, manque de communication entre les services, cloisonnement des spécialités… notre système, malgré l'engagement de ses professionnels, est souvent fragmenté. C'est pour répondre à ce défi majeur qu'ont été créés les Dispositifs d'Appui à la Coordination (DAC). Loin d'être un simple sigle administratif de plus, ils représentent une nouvelle approche pour simplifier et humaniser la prise en charge des situations les plus difficiles. Cet article vous propose 5 points clés pour tout comprendre.

1. Fini le casse-tête : d'une myriade de dispositifs à un guichet unique

Avant les DAC, le paysage de la coordination des soins ressemblait à un véritable archipel de structures. Sur un même territoire coexistaient les réseaux de santé, les MAIA (destinées aux personnes âgées), les Plateformes Territoriales d'Appui (PTA), les coordinations des parcours PAERPA et, sur décision du Conseil départemental, les CLIC (Centres locaux d'information et de coordination).

Cette diversité, issue de l'empilement successif des politiques publiques, limitait considérablement « la lisibilité et l’efficacité de leur action ». Pour un médecin, un travailleur social ou un patient, il était souvent difficile de savoir à quelle porte frapper.

La loi d'Organisation et de Transformation du Système de Santé (OTSS) de 2019 a mis fin à cette fragmentation en engageant l'unification de toutes ces structures en un seul et même dispositif : le DAC. Cette unification représente un changement de paradigme. Elle met fin à un système qui obligeait les professionnels et les familles à naviguer dans un labyrinthe de sigles, reportant sur eux le poids de la coordination. Désormais, le système assume sa responsabilité en offrant une porte d’entrée unique et fiable pour toute situation complexe.

2. Pour tout le monde, sans exception : la fin des prises en charge en silos

La deuxième révolution apportée par les DAC est leur polyvalence. Contrairement aux dispositifs précédents, souvent spécialisés sur une tranche d'âge (les personnes âgées pour les MAIA ou les CLIC) ou une pathologie, les DAC sont conçus pour être accessibles « à toute personne, sans distinction d’âge ni de pathologie ».

Cette approche peut sembler contre-intuitive dans un système de santé que l'on perçoit comme hyper-spécialisé. Le DAC va à contre-courant en proposant une porte d'entrée généraliste pour la coordination complexe. Que la difficulté concerne un enfant en situation de handicap, un adulte atteint d'une maladie chronique ou une personne âgée en perte d'autonomie, le DAC a vocation à intervenir. Le principe est clair et sans ambiguïté :

"L’appui est polyvalent pour toutes situations complexes. Il ne peut opposer de critères d’âge, de pathologie, d’autonomie, de handicap, de situation sociale à son intervention."

3. Une bouée de sauvetage pour les professionnels, au service des patients

Les DAC sont avant tout une ressource « de seconde ligne » conçue pour les professionnels de la santé, du social et du médico-social (médecins traitants, infirmiers, assistants sociaux, etc.). Ils fonctionnent sur un principe de subsidiarité : ils n'interviennent que lorsque les acteurs de terrain se sentent démunis.

Concrètement, un professionnel qui juge une situation trop complexe pour la gérer seul peut solliciter l'appui du DAC. Le rôle du dispositif n'est pas de se substituer aux acteurs de terrain, mais de venir en soutien pour les aider à « organiser les prises en charge qu’ils ont des difficultés à gérer seuls », par exemple en aidant à analyser la situation, à planifier les actions ou à orienter vers les bonnes ressources.

Cette collaboration est d'ailleurs inscrite dans la loi : les DAC font partie de « l’équipe de soins ». Ce statut juridique est fondamental car il autorise, dans le respect du secret professionnel, le partage d’informations relatives à la personne entre le DAC et les professionnels qui l'accompagnent. Cela fluidifie la coordination, tout en garantissant les droits du patient, qui est informé et peut s'opposer à tout moment à cet échange.

4. Plus que des cas individuels : améliorer le système pour tous

L'action des DAC ne se limite pas à l'accompagnement de situations individuelles. Ils ont une troisième mission fondamentale : la participation à la coordination territoriale. Leur position unique leur permet d'avoir une vue d'ensemble sur les difficultés rencontrées par les usagers et les professionnels sur leur territoire.

Les DAC agissent comme des "radars" du système de santé local. Ils analysent les « ruptures de parcours » et les problèmes récurrents pour identifier les failles structurelles. Cette mission transforme les DAC d’un simple outil opérationnel de gestion de cas en un véritable levier stratégique pour le territoire. Ils ne se contentent plus de résoudre des problèmes au coup par coup ; ils animent une « démarche continue d’amélioration de la qualité » en travaillant avec tous les acteurs locaux pour « consolider les parcours de santé complexes et réduire la fragmentation de l’offre ». En s'attaquant aux racines des problèmes, ils visent à rendre le système plus agile et apprenant, au bénéfice de toute la population.

5. Une responsabilité partagée : l'affaire de tout un territoire

Le pilotage d'un DAC n'est pas une affaire centralisée. Sa gouvernance est assurée localement par une instance qui représente de manière équilibrée les acteurs des secteurs sanitaire, social et médico-social du territoire. Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) et les Conseils départementaux, par exemple, peuvent y être partie prenante.

Ce modèle de gouvernance est crucial : il est conçu pour créer une appropriation collective. L’enjeu n'est plus une simple exigence administrative descendante, mais un engagement partagé par les acteurs du terrain, qui se considèrent « solidairement responsables de l’action du DAC ». Cette structure garantit que les actions sont ancrées dans les réalités locales et que les solutions sont co-construites.

C'est l'application concrète du principe de « responsabilité populationnelle ». Ce terme ne désigne pas seulement la gestion de cas individuels, mais l'obligation collective pour les acteurs d'un territoire d'améliorer la santé et le bien-être de l'ensemble de leur population, notamment en agissant sur les déterminants de santé et en garantissant l'accès à des services pertinents et coordonnés.

Conclusion

Les Dispositifs d'Appui à la Coordination marquent une transformation profonde de notre approche des parcours de santé complexes. Ils incarnent le passage d'un système fragmenté et en silos à une approche intégrée, polyvalente et collaborative, au plus près des besoins des personnes et des professionnels. Ils ne sont pas une solution miracle, mais un outil puissant mis entre les mains des territoires. Alors que notre système de santé fait face à des défis croissants, cette approche locale et coordonnée pourrait-elle être la clé non seulement pour les situations complexes, mais pour l'avenir des soins dans leur ensemble ?